On dirait que ça se passe un mercredi matin, un matin plutôt pluvieux , morose mais bientôt animé par une déferlante de bébés tous emmitouflés  de couleurs tendres et de laine moelleuse. Toute une déferlante de bébés prêts à tout. On va le voir.

On dirait que ça se passe toujours comme ça : arrivée de poussettes, on parle dans le hall pendant qu’apparaissent les frimousses un peu rosies par ce premier froid automnal. On demande des nouvelles et on répond aux questions. Peu à peu, toute notre petite troupe s’approche de la salle des tout-petits. Encore un peu d’attente, on enlève ses chaussures … et on entre… On s’installe sur un coussin rose, un tapis gris ou mieux encore dans les bras de maman.

On dirait que ça va commencer. D’abord on fredonne, comptines et jeux de doigts, les petites mains tentent de reproduire la fourmi qui pique, les ailes du moulin qui tournent, le vol de l’oiseau.  Ensuite ce sont les rires  qui explosent et rebondissent : monsieur pouce qui ronfle trop fort, le pull qui est trop petit…Enfin ce sont les voix, celles des mamans et des assistantes maternelles qui reprennent le grand cerf ou les marionnettes. Tout doucement le temps s’écoule : lectures, randonnées, chansons, d’autres lectures… les petits suivent des yeux chaque geste, chaque mouvement, boivent chaque mot et s’enivrent de sonorités nouvelles, de rythmes  poétiques, d’onomatopées étranges.

Puis arrive  un inattendu moment de grâce : un battement que l’on sent palpiter et que l’on reprend en chœur : tap, tap, clac-  tap, tap, clac.

Haby raconte l’histoire d’une petite fille qui  frappe le front du ciel en pilant le blé avec son mortier. Tap, tap, clac  – tap, tap, clac. On tappe  son torse, à gauche, à droite puis on frappe dans ses mains. Tap, tap, clac.. et encore et encore. D’abord 2 mains, puis 4, puis 20… Tous les adultes se prennent au jeu, les petits regardent tout étonnés les grands qui s’amusent comme des enfants. Tap, tap, clac. Le rythme est lent, superbe, majestueux. Tap, tap, clac. La voix s’élève fragile et pourtant invincible. Tap, tap, clac…. La petite fille continue à piler dans son mortier, le ciel se lamente puis renonce et s’élève tellement haut dans le ciel qu’on ne peut plus le toucher- raconte l’histoire qui  doucement s’achève. Tap, tap, clac, tap, tap, clac. Le rythme est toujours là mais sa puissance  diminue, suivant la voix qui chuchote puis s’arrête. Le silence s’installe pendant quelques secondes  et les sourires s’épanouissent.

Les bébés sont hilares, remuent pieds et mains….

«  C’était bien- dit une assistante maternelle, il faudra le refaire »

Oui pour sûr, on va recommencer. A mercredi